L’intelligence artificielle en entreprise ne se limite plus à poser des questions à ChatGPT ou à générer des contenus. Une nouvelle génération d’outils permet désormais d’automatiser des opérations, d’assister les collaborateurs dans leurs logiciels et d’exploiter les connaissances internes.
Parmi ces solutions, Goose, Observer AI et AnythingLLM illustrent trois approches complémentaires : l’agent qui exécute des tâches, l’assistant qui surveille un contexte visuel et la plateforme qui exploite les documents de l’entreprise.
Mais comment les intégrer concrètement dans une PME ? Quels services peuvent en bénéficier ? Et quelles précautions prendre avant de leur donner accès aux outils métier ?
Ces technologies s’inscrivent dans une évolution plus large de l’automatisation. Pour mieux comprendre leur potentiel, découvrez également nos 10 cas d’usage concrets de l’IA pour les PME.
Des chatbots aux agents IA : une évolution importante
Les premiers assistants IA génératifs étaient principalement conversationnels. Un utilisateur formulait une question et obtenait une réponse.
Les agents IA vont plus loin. Selon leur architecture et les autorisations disponibles, ils peuvent :
- Rechercher des informations dans plusieurs applications.
- Consulter et analyser des documents.
- Exécuter des commandes ou appeler des API.
- Préparer des rapports et mettre à jour des données.
- Surveiller certains événements et déclencher des actions.
- Enchaîner plusieurs opérations pour accomplir une tâche.
Cette évolution transforme la manière dont les entreprises peuvent envisager l’automatisation.
Il ne s’agit plus seulement de demander à une IA comment réaliser une opération, mais de lui confier une partie de son exécution.
Trois solutions permettent d’illustrer cette évolution.
1. Goose : un agent IA capable d’exécuter des tâches métier
Goose est un agent IA open source conçu pour utiliser des outils et réaliser des opérations sur un ordinateur ou dans un environnement technique.
Il peut fonctionner à travers une application de bureau, une interface en ligne de commande ou des composants intégrables dans d’autres applications.
L’une de ses caractéristiques est sa prise en charge du Model Context Protocol (MCP), un standard permettant de connecter les agents IA à des outils et des sources de données.
Exemple : automatiser les rapports commerciaux
Imaginons une PME qui utilise un CRM pour gérer ses clients et un ERP pour suivre ses commandes.
Chaque lundi, le responsable commercial doit récupérer les ventes de la semaine, comparer les résultats aux objectifs et préparer un rapport.
Avec Goose et des connecteurs adaptés, le processus pourrait devenir :
- Interroger l’API du CRM pour récupérer les opportunités commerciales.
- Consulter les commandes enregistrées dans l’ERP.
- Calculer les écarts par rapport aux objectifs.
- Générer un tableau récapitulatif.
- Préparer un rapport à transmettre à la direction.
Le responsable commercial pourrait simplement demander :
« Prépare le bilan commercial de la semaine dernière et identifie les clients dont les commandes ont diminué. »
L’agent exécuterait les différentes étapes autorisées, sans obliger le collaborateur à manipuler plusieurs logiciels.
Autre exemple : maintenance informatique
Dans un service informatique, Goose pourrait analyser les journaux d’une application, identifier des erreurs récurrentes et proposer des corrections.
Il pourrait également lancer des tests automatisés ou préparer un rapport d’incident.
Limite importante : ces possibilités dépendent des outils connectés. Goose ne possède pas automatiquement les accès aux logiciels métier. Il faut les configurer, restreindre les permissions et prévoir une validation avant toute opération sensible.
2. Observer AI : une intelligence artificielle qui surveille l’écran
Observer AI adopte une approche différente.
Cette solution open source repose sur des micro-agents capables d’observer un écran ou une application et de réagir lorsqu’une condition définie est détectée.
Son fonctionnement local constitue un intérêt pour les organisations qui souhaitent garder le traitement visuel sur leur infrastructure ou sur les postes des utilisateurs.
Contrairement à un agent chargé d’exécuter un workflow complet, Observer AI se concentre notamment sur la surveillance d’événements et le déclenchement de notifications.
Exemple : surveiller une application métier
Imaginons une entreprise dont les collaborateurs utilisent un logiciel de gestion des commandes.
Certaines opérations nécessitent de surveiller régulièrement une interface pour vérifier qu’un traitement est terminé.
Un micro-agent pourrait être configuré pour détecter l’apparition d’un message précis, comme :
« Export terminé » ou « Traitement en erreur ».
Lorsque cet événement apparaît, Observer AI pourrait envoyer une notification au collaborateur.
Celui-ci n’aurait plus besoin de consulter continuellement son écran.
Exemple : surveillance des traitements informatiques
Dans une équipe technique, Observer AI pourrait surveiller :
- La fin d’une compilation.
- L’apparition d’une erreur dans un terminal.
- La réussite d’un déploiement.
- La fin d’une opération longue dans une application.
Ces scénarios correspondent directement à son approche de surveillance visuelle.
Peut-il devenir un assistant pour les salariés ?
On peut envisager, à terme, des usages plus avancés : signalement d’anomalies visibles, assistance contextuelle ou déclenchement d’actions selon l’état d’un logiciel.
Toutefois, il faut distinguer ces perspectives des fonctionnalités effectivement disponibles.
Observer AI n’est pas, à lui seul, une solution complète de formation aux logiciels ou d’automatisation d’ERP. Ces usages nécessiteraient des développements, des intégrations et une validation technique.
Le principal point de vigilance concerne la confidentialité. Une application qui observe l’écran peut être exposée à des informations personnelles, financières ou confidentielles. L’entreprise doit définir précisément ce qui peut être observé, par qui et dans quelles conditions.
3. AnythingLLM : connecter l’IA aux connaissances internes
AnythingLLM répond à un autre besoin : permettre aux collaborateurs d’interroger les informations et documents de leur entreprise.
La plateforme propose notamment des espaces de travail, des fonctions de RAG en entreprise (Retrieval-Augmented Generation) et des capacités d’agents IA.
Le RAG consiste à rechercher des informations pertinentes dans une base documentaire avant de les transmettre au modèle de langage pour construire sa réponse.
Exemple : assistant RH interne
Une entreprise possède un règlement intérieur, des procédures de congés, des documents d’intégration et des guides administratifs.
Ces informations sont souvent dispersées dans des dossiers partagés.
Avec AnythingLLM, elles peuvent être intégrées dans un espace documentaire accessible aux personnes autorisées.
Un salarié pourrait demander :
« Quelle est la procédure pour demander un congé exceptionnel ? »
L’assistant rechercherait les passages pertinents et proposerait une réponse basée sur les documents disponibles.
Cela peut réduire les sollicitations répétitives auprès des services RH.
Exemple : assistant pour un organisme de formation
Un organisme de formation pourrait utiliser AnythingLLM pour centraliser ses programmes, ses procédures administratives et ses conditions commerciales.
Les collaborateurs pourraient interroger l’assistant sur les modalités d’inscription, les annulations ou les documents nécessaires à une formation.
Chaque service pourrait disposer d’un espace adapté à ses besoins.
AnythingLLM peut-il aussi exécuter des actions ?
Oui. La plateforme ne se limite pas au RAG.
Elle propose également des agents capables d’utiliser des outils, notamment à travers des intégrations MCP et des fonctions personnalisées.
Par exemple, un assistant documentaire pourrait rechercher une procédure puis appeler une API métier pour préparer une demande.
Il reste indispensable de vérifier les permissions des outils : la séparation des documents entre espaces de travail ne garantit pas, à elle seule, l’isolation de toutes les actions possibles des agents.
4. Goose, Observer AI ou AnythingLLM : quelle solution choisir ?
Ces trois outils ne répondent pas exactement au même objectif.
| Critère | Goose | Observer AI | AnythingLLM |
|---|---|---|---|
| Fonction principale | Exécution de tâches | Surveillance visuelle | Connaissance et agents |
| Utilisateurs cibles | Équipes techniques et métiers | Utilisateurs sur poste | Collaborateurs et services |
| Connexion aux logiciels | Extensions et MCP | Observation de l’interface | API, outils et MCP |
| Exploitation documentaire | Avec outils adaptés | Limitée | RAG intégré |
| Automatisation | Avancée | Événementielle | Selon les outils |
| Déploiement | Desktop, CLI, composants | Desktop ou navigateur | Desktop ou serveur |
| Usage privilégié | Workflows et opérations | Alertes contextuelles | Assistant interne |
Le choix doit partir d’un besoin métier identifié, et non de la technologie elle-même.
Une entreprise qui souhaite interroger ses procédures internes n’a pas nécessairement besoin d’un agent autonome.
À l’inverse, une organisation qui veut automatiser la production de rapports à partir de plusieurs applications aura besoin de capacités d’exécution et de connecteurs.
5. Peut-on combiner ces trois solutions ?
Oui, même si leur intégration ne constitue pas une architecture native prête à l’emploi.
Prenons l’exemple d’une PME équipée d’un CRM, d’un ERP et d’un intranet.
Une architecture pourrait répartir les rôles de la manière suivante :
AnythingLLM : la connaissance
Les collaborateurs interrogent les procédures, les contrats et la documentation interne.
Goose : l’exécution
Des agents configurés avec des permissions limitées réalisent certaines opérations : extraction de données, création de rapports ou exécution de contrôles.
Observer AI : la surveillance
Des micro-agents détectent des événements visibles dans des applications et notifient les personnes concernées.
L’ensemble pourrait s’appuyer sur des API métier, des serveurs MCP et un système centralisé de gestion des identités.
Il ne serait toutefois pas nécessaire d’installer systématiquement les trois produits. Une architecture plus simple, construite autour d’un seul outil, peut être préférable lorsque le besoin est limité.
6. Les précautions avant de déployer des agents IA
L’automatisation par IA introduit de nouveaux risques, particulièrement lorsque les agents peuvent accéder à des données internes ou exécuter des opérations.
Limiter les permissions
Un agent chargé de consulter des commandes ne devrait pas pouvoir supprimer des clients ou modifier des informations bancaires.
Les accès doivent être accordés selon le principe du moindre privilège.
Prévoir une validation humaine
Les opérations sensibles, comme l’envoi d’un devis, la modification d’une commande ou la suppression de données, doivent faire l’objet d’une confirmation explicite.
Protéger les données confidentielles
Le choix du modèle IA, du fournisseur et de l’hébergement influence la circulation des données.
Une application open source ou exécutée localement ne garantit pas automatiquement que toutes les informations restent dans l’entreprise.
Journaliser les actions
Il est important de pouvoir déterminer quelles opérations ont été demandées, exécutées, refusées ou validées.
Se protéger contre les instructions malveillantes
Un document, un email ou une page web consultés par un agent peuvent contenir des instructions destinées à détourner son comportement.
La protection contre ces attaques, appelées prompt injections, doit faire partie de l’architecture de sécurité.
7. Comment démarrer un projet d’agent IA en entreprise ?
Pour une PME, le meilleur point de départ est généralement un processus simple, répétitif et mesurable.
Une démarche progressive peut s’organiser en cinq étapes :
- Identifier un problème métier. Par exemple, la préparation hebdomadaire d’un rapport ou la recherche d’une procédure interne.
- Cartographier les données et les logiciels. Déterminer les sources nécessaires, leur sensibilité et les moyens d’y accéder.
- Choisir une solution adaptée. RAG pour la connaissance, agent pour l’exécution ou observation visuelle pour la surveillance.
- Déployer un pilote limité. Tester avec un petit groupe, des permissions restreintes et des données maîtrisées.
- Mesurer les résultats. Évaluer le temps économisé, la fiabilité, le taux d’erreur, le coût et l’adoption par les salariés.
L’objectif n’est pas d’automatiser immédiatement toute l’entreprise, mais de démontrer une valeur opérationnelle avant d’élargir le dispositif.
L’intégration d’agents IA doit s’inscrire dans une démarche structurée. Pour approfondir cette approche, consultez notre guide pour déployer l’intelligence artificielle en entreprise en 7 étapes.
8. Vers des assistants IA intégrés aux outils métier
L’évolution des agents IA ouvre une perspective intéressante : celle d’applications métier dans lesquelles l’intelligence artificielle devient une fonctionnalité intégrée plutôt qu’un outil séparé.
Un collaborateur pourrait demander une analyse directement depuis son CRM, retrouver une procédure dans son extranet ou lancer un contrôle depuis son application de gestion.
Cette approche nécessite de combiner plusieurs compétences : développement logiciel, intégration API, architecture des données, automatisation et cybersécurité.
Chez Naxialis, nous accompagnons les entreprises dans la conception d’applications métier, l’intégration de l’intelligence artificielle et l’automatisation de leurs processus.
L’enjeu n’est pas de multiplier les outils IA, mais de construire des solutions adaptées aux usages réels, sécurisées et maintenables.
Vous souhaitez intégrer un assistant IA ou automatiser un processus métier ? Naxialis peut vous accompagner pour identifier les cas d’usage pertinents et concevoir une architecture adaptée à votre entreprise.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un chatbot et un agent IA ?
+
Un chatbot répond principalement aux questions des utilisateurs. Un agent IA peut aller plus loin en utilisant des outils, en consultant des applications et en exécutant des opérations selon les autorisations accordées. Par exemple, un agent peut récupérer des données dans un CRM, analyser les ventes et préparer un rapport automatiquement.
Goose peut-il se connecter à un ERP ou à un CRM ?
+
Oui. Goose peut interagir avec des logiciels métier grâce à des API, des extensions ou des serveurs MCP (Model Context Protocol). Il peut notamment consulter des commandes, analyser des données commerciales ou préparer des rapports. Les fonctionnalités disponibles dépendent des connecteurs développés et des permissions accordées à l’agent.
Observer AI peut-il fonctionner sans envoyer l’écran dans le cloud ?
+
Observer AI propose une approche de surveillance visuelle avec traitement local. Il peut détecter certains événements affichés dans une application et déclencher des notifications. Avant un déploiement en entreprise, il convient toutefois de vérifier la configuration, les éventuels services externes et les données réellement transmises, notamment pour respecter les exigences de confidentialité et le RGPD.
AnythingLLM peut-il être hébergé sur un serveur privé ?
+
Oui. AnythingLLM peut être déployé sur un VPS, un serveur interne ou une infrastructure Docker. Il permet de créer des espaces de travail, de connecter des documents grâce au RAG et de proposer des assistants IA aux collaborateurs. Pour conserver les données sur une infrastructure privée, il faut également contrôler le choix du modèle IA, du stockage et des services externes utilisés.
Peut-on utiliser Goose et AnythingLLM avec des modèles IA locaux ?
+
Oui, selon les modèles et les fournisseurs configurés. Goose et AnythingLLM peuvent notamment fonctionner avec des modèles accessibles via des solutions d’inférence locale comme Ollama. Cette approche permet de mieux maîtriser l’hébergement et les flux de données, mais nécessite des ressources matérielles adaptées. Le fonctionnement entièrement local dépend aussi des outils, connecteurs et services utilisés.
Faut-il remplacer les logiciels existants pour intégrer des agents IA ?
+
Non. Les agents IA peuvent généralement être intégrés aux logiciels déjà utilisés par l’entreprise : CRM, ERP, intranet, applications métier ou plateformes documentaires. Les connexions peuvent s’appuyer sur des API, des serveurs MCP ou des outils personnalisés. L’objectif est d’améliorer les processus existants sans imposer une refonte complète du système d’information.
Comment sécuriser un agent IA en entreprise ?
+
La sécurité repose sur plusieurs mesures : limitation des permissions, authentification, isolation des environnements, journalisation des actions et validation humaine des opérations sensibles. Il faut également protéger les données confidentielles et prévenir les attaques par injection de prompt. Un agent IA ne doit jamais disposer de davantage de privilèges que ceux nécessaires à sa mission.
Conclusion
Goose, Observer AI et AnythingLLM illustrent trois évolutions complémentaires de l’intelligence artificielle en entreprise.
Goose permet d’envisager l’automatisation de tâches complexes. Observer AI introduit une approche de surveillance contextuelle des applications. AnythingLLM facilite l’exploitation des connaissances internes et la création d’assistants documentaires.
Ces technologies ne remplacent pas une réflexion sur les processus métier. Leur valeur dépend de leur intégration, de la qualité des données et du niveau de contrôle accordé aux agents.
La prochaine étape de l’IA en entreprise ne consiste pas seulement à mieux répondre aux questions, mais à mieux accompagner et exécuter le travail quotidien.